Lundi 1 décembre 2008
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23:00
Arrives sous un timide soleil a Auckland, le temps commence deja a se couvrir lorsque nous atteignons le dernier etage de la Sky Tower pour une vue panoramique de
toute la ville et de la region. Apres un tour d horizon a 360 degres et une comparaison assez saisissante de taille entre notre future maison flottante (d un fort beau gabarit pourtant) et
le Millenium, un paquebot geant de croisiere amarres tous deux d un cote et de l autre de Princes Wharf, nous revenons sur la terre ferme, non sans avoir croise au prealable dans l ascenseur
Shrek, non pas l ogre vert mais un placide mouton trimballe a 220 metres d altitude et deja costume pour le prochain Mardi Gras gay et Lesbien de Sydney, et vu se jeter dans le vide un candidat
masoschiste au plus haut saut en chute libre de Nouvelle-Zelande, arrive sans encombre 192 metres plus bas sur une cible ironiquement peinte en rouge...
En fin d apres midi place a l embarquement sur l Island Escape, un modeste navire dote de 3 bateaux de sauvetage a moteur, d un zodiac, de 3 kayaks
et accessoirement d une piste d envol pour helicoptere, pour une croisiere de 3 jours dans le golfe d Hauraki, au large d Auckland, et le moins que l on puisse dire c est que la
moyenne d age reflete bien le type de clientele des croisieres: a part nous, une trentenaire et un couple dans la quarantaine, tous les autres soit une bonne demi douzaine de personnes
auraient largement l age pour etre nos grands parents, bref 3 soirees de folie a venir a base de dominos et de discussions enflammees sur la production de kiwis dans les plaines fertiles neo
zelandaises en perspective...
Une bonne pluie de printemps et un ciel lourd pour celebrer notre depart et nous voila partis pour notre premier lieu d ancrage, pres de Rocky Bay au large de l ile
de Waiheke, la plus touristique du golfe. Comme il ne fait pas bon mettre un senior ou meme un junior dehors, nous passons assez rapidement a table, et comme celle ci est suffisamment grande pour
que l on tienne tous ensemble dessus, les premieres minutes du repas ressemblent a un western de Sergio Leone, tout dans les silences (tres longs et pesants) et dans les regards appuyes ou
fuyants de part et d autre de la table ( qu est ce que je pourrais bien lui dire a celui la? est ce qu on va avoir viande ou poisson ce soir? Et elle, elle est plutot the ou cafe?mmhhh quand c
est que quelqu un va parler bon sang?).
Finalement une gentille petite grand mere lance les hostilites et me demande LA question classique: d ou je viens. Apres avoir avoue ma francitude elle me revele a
son tour qu elle est francaise mais vit mariee a un australien depuis 1956 a Sydney en Australie, et bla bla bla pendant au moins 5 minutes 12. De l autre cote de la table ou pourtant tous sont
kiwis la conversation est beaucoup moins animee, et nous partons nous coucher sans savoir grand chose sur nos autres croisieristes.
La journee du lendemain etant toujours aussi pluvieuse, le capitaine decide de ne pas prendre la mer en raison de trop fortes vagues un peu plus loin sur notre
parcours, du coup chacun vaque a ses occupations, a savoir faire des photos de la cabine, puis du pont promenade, puis du pont superieur et des environs qui ont l air magnifiques mais noyes sous
la pluie. Apres avoir parcouru tous les beaux livres de photos du bateau et fait une courte sortie sur une plage des environs, nous nous replions strategiquement vers notre cabine pour
experimenter quelques uns des 200 films a notre disposition, et accessoirement faire une bonne sieste pour effacer le decalage horaire de 12 heures qui se fait bien sentir. Le repas du
soir, bien que delicieux, est a l image de celui de la veille, il n y a guere que le clan francais pour animer les debats, et nous commencons a bien nous attacher a ce petit couple d
universitaires australiens, avec Evelyne qui semble porter la culotte dans le couple et son gamin attarde de mari, Murray, sorte de croisement entre le professeur Tournesol et Mister Bean, en
tout cas d un point de vue physique et vestimentaire ( silhouette maigrichonne,bermuda et chaussettes longues a langlaise, lunettes et chemises du 19eme siecle).
3eme jour deja et nous n avons toujours pas bouge d endroit; le capitaine et accessoirement Monsieur Meteo nous annonce la terrible nouvelle: la mer etant toujours
aussi agitee au large nous n aurons plus le temps d aller sur Great Barrier Island, sorte d ile loin de tout, qui n aurait pas demerite en tant que cadre de tournage de LOST...Le beau temps qui a
enfin fait son apparition nous permet cependant de caboter le long de la cote et ainsi de pouvoir faire quelques photos ensoleillees des belles proprietes nichees dans les collines de Waiheke,
avec des baies couleur turquoise en contrebas, une vie tres penible pour les locaux visiblement. Alors que je commence a cuire sans m en rendre compte sous le traitre soleil neo-zelandais je
dois faire face a une partie de cache cache sur toute l etendue du bateau avec l un des passagers de la croisiere, un kiwi d une bonne soixantaine d annees nomme David, pris d une
indicible envie de me raconter sa vie au moment ou je n ai justement pas envie de l entendre... Alors que je tente bon gre mal gre de filmer les endroits de paradis qui defilent sous mes
yeux , je retrouve l embarassant monsieur toutes les 5 minutes a un bout et a lautre du navire,une fois pour raconter sa vision de la 2eme guerre mondiale lorsqu il etait... a l ecole
elementaire, une autre fois pour me decrire epoque par epoque la saga de l industrie du pokawutha, sorte de sapin de Noel neo-zelandais...
Une sortie juste apres dejeuner sur une nouvelle plage deserte vient a point pour un premier bain dans le Pacifique, l eau y est meilleure que la Manche en plein
ete...La nouvelle ile ou nous venons de mettre l ancre est pratiquement deserte et malgre une maison solitaire en bord de plage, les seuls etres vivants sont la plus grosse population
neo-zelandaise a savoir les moutons. Au loin, l ombre montagneuse de Great Barrier Island reveille mes instincts d aventure mais des demain pourtant nous devrons reprendre la route d Auckland via
Waiheke, le Love Boat continuant lui sa route vers la peninsule de Coromandel, mais bien d autres bonnes choses nous attendent. De retour a la cabine je constate l etendue des degats du soleil,
mon front est passe au rouge dans tous les sens du terme et le nez n est pas mal non plus...Un peu abrutis par ce soleil que nous nattendions plus, Sofya et moi decidons de passer notre tour pour
la partie de peche qui se prepare: 3 heures de suite de peche, c est deja plus que dans toute ma vie et je veux pas ressembler a une ecrevisse pour le reste du sejour!
Apres le retour des pecheurs qui ne sont pas revenus bredouilles a en juger par le kingfish gigantesque qui deborde de la glaciere, nous pouvons passer a table pour
le 3eme et deja dernier diner de cette croisiere intimiste et pour le moins reposante, non seulement en raison de son rythme plus que tranquille (2 iles seulement au programme en raison de
la houle ) mais aussi de ses passagers qui ne nous auront pas trop casse les oreilles, David mis a part...Difficile des lors de dresser des portraits affines de chacun, car pour leur tirer
les vers du nez et aussi comprendre leur accent a couper au couteau...
Mais il faut croire que notre depart demain, additionne a celui de Michelle et John, le couple de quadras,delie les langues puisque ce soir c est un festival de
discussion, sur des sujets aussi divers et varies que le meilleur moyen de decouvrir les fjords en Norvege par la mer, les differences fondamentales entre le thon de l hemisphere Nord et celui de
l hemisphere Sud, ou encore la crise des vocations dans l enseignement public australien et le rappel d universitaires retraites pour des cours magistraux dans les campus...Bref je
ne fus pas loin de danser la Lambada avec nos pimpantes retraitees sur le pont superieur, tout cela apres une ennivrante bouteille de Pinot Noir pour 11...mais minuit approchant
tout le monde finit par rentrer dans ses cabines, epuise par une soiree torride de discussion ou plus de mots furent echanges que pendant toute la croisiere...
Toutes les bonnes choses ont une fin et c est aux aurores ou presque que nous repartons d abord sur la terre ferme, salues par quelques leve-tot dont Murray, ce qui
nous fait chaud au coeur car il nous a parle quasiment tout le temps en francais, puis nous reprenons le ferry pour Auckland a l autre bout de Waiheke, une ile vraiment etonnante car faisant
penser a la Cote d Azur en plus vert le long de ses cotes, et a la Suisse des que l on rentre dans l interieur tres limite des terres. D autres epreuves nous attendent a present sur la terre
ferme: le Hilton a Auckland tout d abord, puis des lodges presque tous les jours suivants et un autotour en BMW , la vie est vraiment trop dure parfois...